Douarnenez (29): que s’est-il passé aux Roches Blanches depuis juin 2025 ?
PETITE PRESENTATION
Alors voilà, ici Les Roches Blanches, un squat dans une ancienne colonie de vacances, perché e sur une falaise face à l’océan, dans les hauteurs de Douarnenez, en Finistère. Ça fait 15 ans que l’occupation a commencé: ici c’est un lieu de vie, d’accueil et d’activité avec de nombreux ateliers . Menuiserie/métalerie,forge/méca/couture/voilerie/arts plastiques/art vivant/répa vélo/potager jardin/fromage de chèvres/studio de musique.
On est une 50aine en ce moment avec autant d’ animaux (chiens, chats, chèvres, poules…).
Jusqu’ici l’anonymat et la discrétion ont toujours primé car c’est un lieu d’accueil et de passage, mais avant tout un lieu de vie. Ce lieu est déjà très connu par le bouche à oreille et pour préserver l’intimité/la sécurité des habitantEs il n’y a jamais eu de communiqué/texte écrit de notre part.
Jusqu’ici tout allait bien. La vie suivait son cours, e nfin, comme dans tout lieu de vie et d’organisation collecti ve y’a des hauts, y’a des bas. EN 2010, a u début de l’occupation y’avait une quinzaine de personnes (qui pour la grande majorité n’habitent plus là) mais depuis ces dernières années le nombre d’habitantEs a beaucoup augmenté. Ici on vient de plein de milieux différent s que ce soit politiquement, socialement ou géographiquement. On s’est même déjà dit qu’on n’était pas vraiment un collectif mais un peu comme un village où chacunE fait sa vie et s’investit plus ou moins dans la vie collective.
Ce squat occupé depuis 2010 n’avait depuis 15 ans fait face à aucune procédure judicia i re d’expulsion car le lieu appartenait à une entreprise en liquidation judiciaire depuis 2007: la FOCEPY.
SITUATION JURIDIQUE DES 15 ANS D’OCCUPATION
Le lieu est donc en vente depuis longtemps mais on n’avait pas trop peur jusqu’ici puisqu’aucun acheteur ne s’est présenté. Enfin si, un gars en 2009 voulait acheter pour faire un hôtel de luxe mais la vente n’a jamais abouti.
Les premierEs habitantEs s’étaient présentéEs à la mairie pour annoncer leur présence, ce qu’elle a officieusement tol éré, l’occupation des habitantEs ne causant pas de grabuge et restant plutôt discrète. Au niveau local, les Roches nourrissent la vie culturelle (résidence d’artiste, atelier d’art, concert, atelier, evenement), la vie pratique (ateliers ouverts et accessibles à prix libre) et la vie sociale (le directeur des ateliers de l’enfer nous qualifiait de « soupape de sécurité » lorsque ses étudiantEs avaient des difficultés à trouver un logement, des organismes officiels nous ont plusieurs fois envoyé des personnes en difficulté).
En 2012 il y aurait eu une o rdonnance pour une vente au x ench è re s . Nous n’avons aucune trace de son existence.
En 2017 un huissier et des experts viennent faire une visite pour un PVD (procès verbal descriptif). Après cette visite, des habitantEs se déclarent auprès du mandataire afin d’éviter une expulsion sous X et iels proposent un bail emphytéotique au mandataire, mais il décline la proposition et leur demande de quitter les lieux.
En 2019 , des habitantEs créent l’association Le sens de la vis.
L’ élection à la Mairie en 2021 de Jocelyne POITEVIN (divers d roite ) modifie le statu quo . Les Roches devien nent alors une cristallisation de ce qui doit disparaître de la côte et des villes ouverte s au tourisme : les personnes précaires.
LA LUTTE DEPUIS LE 27 JUIN 2025
Bref voil à un beau matin (LOL) le 27 juin 2025 on apprend dans la presse local e que les Roches Blanches vont être mises en vente aux enchères le 3 septembre 2025 donc 2 mois plus tard à un prix de départ de 200 000 euros, BADABOOOOM.
C’est le moment de s’orga pour comprendre ce que veut dire cette vente et trouver des moyens de la retarder ou l’annuler . On se met en lien avec des gens plus ou moins qualifiéE s dans l a défense des squats, lieux de luttes, écologie, immobilier, droit au logement, etc. Passe 1 mois où on tente des trucs mais pas moyen de faire valoir nos droits en tant qu’occupant Es sans droit ni titre. On a pensé à obtenir l ‘usucapion qui dit qu’ a près 30 ans ( dans notre cas ), si aucune procédure n’a été enclenchée, on peut devenir propriétaire de fait, mais on ne remplit pas les conditions. Dommage.
On a aussi cherché des failles juridiques pour empêcher la vente, sans succès. On se rend vite compte que notre temps est compté et certaines personnes se demandent si on pourrait pas se porter acquéreur à la vente . Paf, la question à 200 000 euros. Est-ce que tout le monde est d’accord pour se lancer dans le rachat? Comment ça va se passer si on devient proprio? Comment on va trouver l’argent?
Ça fait peur quand même…
Après maiiintes recherches, réunions, discu ss ions en interne et avec d’autres lieux achetés, organisation tel que le CLIP/la Foncière Antidote … on se lance. A près les 15 ans d’occupation d u squat, au vu de sa capacité d’accueil et de ses ateliers ouverts à touTEs, alors qu’ ouvrir de nouveaux squats est de plus en plus r é primé , l’envie de pérenniser Les Roches prend du sens.
C’est parti! Avec crainte s , peur, mais détermination et espoir, o n lance une brochure , une cagnotte , une pétition, une tribune et toutes les démarches administratives pour se porter acquéreur au nom de l’association des Roches « Le Sens de La Vis » et ainsi faire du lieu une propriété collective .
On fait beaucoup de recherches juridiques et de communication.
On fait parler de nous par les réseaux sociaux , la presse local e et national e , nos réseaux de soutien grâce à des év è nement s, notamment par les projections d’un film créé aux Roches.
Voilà, le travail est monstrueux mais ça marche, on fait du bruit. En 2 mois, on arrive à récolter assez pour la mise de départ !
01/09/2025 – Seulement, 2 jours avant la vente le Département du Finistère se réunit en « urgence » pour se porter acquéreur aux enchères avec une enveloppe spéciale de 500 000 euros . A l’origine de cette décision? Jocelyne Poitevin et Mael de Callan, président du Conseil départemental.
Le 03/09 on s e rassemble devant le tribunal, la vente est reporté e au 17 d é cembre au prétexte que le nouveau PVD n’a pas pu être effectué par l’huissi e rE et les expertEs. Ce qui nous laisse plus de temps pour récolter assez d’argent pour surenchérir sur le Département .
Fin novem bre, nous avions réussi à récolter plus de 500 000 euros !!!!!!
On lance une offre a l’amiable de 28 0 000 euros aux avocats chargés de la vente. Le département propose lui aussi une offre, à 300 000 euros , donc on monte notre offre à 320 000 euros avec attestation que la somme est bien sur le compte de l’asso, et qu’on peut augmenter l’offre si besoin.
Le 10/12 cette vente à l’amiable a lieu à Auxerre. On apprend deux jours plus tard par voie de presse que c’est l’ offre du département , pourtant inférieure à la n ô tre, qui est retenue.
Le 13/12 on organise une marche des Roches jusqu’à la mairie de Douarnenez qui réunit 500 personnes .
Le 17/12 n ous nous rassemblons devant le tribunal de Quimper. L’audience s’ouvre, et se ferme aussi vite puisque la vente à l’amiable est actée, la vente aux enchères n’a pas lieu, le dossier est clos.
Un de nos soutiens lance un recours au tribunal administratif contre le vote de l’enveloppe de 500 000 euros du Département.
Le 19/12, lors de cette audience, le recours est considéré comme invalide puisque la vente est déjà en cours dans la procédure de gré à gr é .
En revanche, on y apprend que les 300 000 euros de leur offre à l’amiable sont une promesse d’achat , cette enveloppe n’a pas encore été votée, et sera validée au Conseil départemental le 19/01.
19/01 . Le vote a lieu, 2 6 contre 2 7 voix pour le budget du département. Le département a désormais la capacité à acheter .
C’EST QUOI LA SUITE… ?
Nous allons essayer de retarder le moment où il signera l’acte de vente, histoire de pouvoir faire appel aux différentes décisions qui ont été prises.
Après autant d’effort de notre part, ça nous révolte un peu : les mêmes gens qui nous demandent de nous régulariser ne nous laisse nt pas le faire. Qu’on ne nous f asse pas croire à l’égalité des chances ensuite, on la voit bien la chasse aux pauvres.
Nous allons tenter d’autres recours juridiques :
Déjà faire appel à la décision du Tribunal de Commerce d’A uxerre, nous demandons à ce que cela soit rejugé. La juge a attribué la vente à une offre plus basse que la n ô tre, nous nous interrogeons sur la démarche.
Nous attaquons aussi d’autres décisions prises ces derniers mois pour contester leur légalité.
Nous continuerons à défendre notre lieu de vie, le droit au logement et à lutter contre les politiques autoritaires de droite dans les tribunaux ou ailleurs!
SQUAT PARTOUT <3
Des habitantEs des Roches Blanches