Histoires Mythiques
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Histoires Mythiques
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Mythographe. Autrice de SFFF (magie ! goules ! typographie !). Boulot : éditer, hobby : traduire du latin. Prend position. Elle/She.
Nimium amatrix ingenii sui.

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De juillet 2024 à juin 2025, j'ai résumé, avec des blagounettes, les dix premiers livres d'Ab Urbe Condita ("Depuis la fondation de Rome") de Tite-Live.
Vous pouvez désormais le lire dans un fichier PDF téléchargeable et imprimable à souhait, avec tout mon accord pour le diffuser gratuitement […]
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June 22, 2025 at 3:11 PM
Vous êtes quelques-unes et quelques-uns à me suivre depuis hier, si ce que je fais vous intéresse, je vais repouéter des liens vers d'anciens posts (désolée pour les autres qui les ont vu à peu près 1000 fois)
November 29, 2025 at 1:00 PM
#pasvendredilecture Ayant fini Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (c'est pas surtout un livre antivalidiste, au fond ?), je suis passée à La Servante écarlate. Là aussi, personne m'avait dit à quel point ça relevait du journal de survie et d'une sorte d'exploration mentale... C'est drôlement bien […]
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November 29, 2025 at 12:34 PM
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Ce soir, retournons à Thèbes, au moment où les bâtisseurs de murs Amphion et Zèthos avaient péri la faute à quelques malédictions divines. À propos de malédictions divines, vous ai-je parlé du plus célèbre des héros maudits de la mythologie grecque ? Oui mais […]

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November 28, 2025 at 9:16 PM
Ce soir, retournons à Thèbes, au moment où les bâtisseurs de murs Amphion et Zèthos avaient péri la faute à quelques malédictions divines. À propos de malédictions divines, vous ai-je parlé du plus célèbre des héros maudits de la mythologie grecque ? Oui mais […]

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November 28, 2025 at 9:16 PM
Au lieu de me morfondre sur la capacité de la presse française à perroqueter* les sites d'extrême-droite, je vais ENFIN parler de Thèbes ce soir, comme je ne le fis pas hier parce que Internet est mort chez moi depuis 3 jours... Le temps de cuire les pâtes et on s'y colle. Attention ce ne sera […]
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November 28, 2025 at 8:28 PM
En fait, ce sera plutôt demain soir les aventures de Thèbes (désolée...).
November 26, 2025 at 9:43 PM
Coup de cœur littéraire : Georges de Peyrebrune
J’aimerais aujourd’hui vous raconter une histoire, l’histoire d’une autrice. Ça va être long, mais ça vaudra le coup. ## Un coup d’ombrelle au Panthéon 1906. Les cendres d’Émile Zola sont transférées au Panthéon en grande pompe, et c’est une cérémonie où les ministres abondent et les écrivains pullulent. L’écrivain naturaliste déchaîne d’ailleurs toujours les passions, et à quelque distance, on entend des réactionnaires gueuler contre Zola le romancier de _Germinal_ , le défenseur de Dreyfus. Le capitaine est là, d’ailleurs, pour saluer l’auteur de « J’accuse ». Et c’est bien ce que Grigori, un autre écrivaillon, prévoyait. Posté près de Dreyfus, il sort d’un coup un revolver, tire sur le capitaine, une fois, le tir est détourné, il appuie encore sur la gâchette et blesse Dreyfus au bras, que celui-ci avait levé dans un mouvement de réflexe. Son frère, Mathieu Dreyfus, se jette sur le tireur ; et d’ailleurs toute la foule lui tombe dessus, le frappant qui à coups de canne, qui à coups de poing, et une « toute charmante romancière » (expliquera Grigori lui-même plus tard) tente de lui balancer un coup d’ombrelle. Récit du procès du responsable des tirs, qui se plaint, le choubidou, de ne plus pouvoir tirer tranquillou. Dans cet article je pourrais parler de Zola, évoquer Dreyfus ou déchaîner ma verve contre Grigori le zozo nationaliste. Mais la personne qui m’intéresse, c’est la porteuse de l’ombrelle implacable : Georges de Peyrebrune. Celle que le tireur qualifiera de « toute charmante ». On dirait qu’il parle d’une jeune fille pimpante et aguicheuse. Georges de Peyrebrune a en réalité 65 ans bien comptés, et c’est l’une des romancières les plus étonnantes qu’il m’ait été donné de lire. Alors, aujourd’hui, j’ai envie de retracer comme je peux la vie de Georges de Peyrebrune, écrivaine de la Belle Époque, sensible, féministe, à la plume nette et à l’écriture sans faille. ## De père inconnu 1841. À Sainte-Orse, un bled de Dordogne, sous l’œil de deux témoins analphabètes, un fonctionnaire enregistre à l’état-civil un bébé de sexe féminin. On sait quelle est la mère : Françoise Judicis, 30 ans, non mariée, fille d’un cordonnier d’un hameau du coin : Peyrebrune. On ignore qui est le père. Mais on sait que vit dans le pays un monsieur, un notable assez riche, protestant, d’origine anglaise : Georges Johnston, capitaine de cavalerie. Pas exactement un vert galant, cela dit : le sieur Georges Johnston est né en 1773. Assez tôt pour passer son adolescence pendant la Révolution, pour avoir reçu la première Légion d’honneur des mains de Napoléon, pour avoir pris sa retraite avant Waterloo. André Vovard, « Le capitaine de cavalerie Georges Johnston (1773-1844) », _Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde_ , 3e année n°1, 1910, p. 61-62. Bref, on suspecte très fort que Françoise Judicis, 30 ans, a eu une fille d’un capitaine médaillé à la retraite de **68 ans**. Si vous trouvez que ça pue, vous n’êtes pas pas le ou la seule. Aujourd’hui encore, l’idée perturbe tellement le site Geneanet qu’il préfère attribuer la paternité à Émile, le fils de Georges. Pour être honnête, on ignore qui est le père. De toute façon, aucun des sieurs Johnston, Georges ou Émile, n’est à la mairie pour éclaircir la situation. Le papa a refusé de reconnaître l’enfant. En 1841, donc, le fonctionnaire de Sainte-Orse note tous les prénoms du bébé, car à l’époque on ne lésine pas sur les petits noms. La gamine se nomme 1/ Mathilde 2/ Marie 3/ Georgina (ce que je me permets de comprendre comme un coucou à Georges Johnston) 4/ Élisabeth. Et pour les patronymes ? On lui met un matronyme : Judicis. Pour compléter, le nom du hameau de sa mère. Ce qui donne Mathilde Marie Georgina Élisabeth Judicis de Peyrebrune. La gamine disparaît dans les profondeurs de la Dordogne, et, à ce que j’ai compris, dans un couvent de bonnes sœurs où on lui donne une éducation mais pas trop quand même. Il ne faudrait pas qu’elle rate son destin d’épouse et mère. Certains racontent que la famille Johnston a payé pour cette éducation ; je ne sais pas , Georges Johnston est mort, en tout cas, quand la petite fille avait 3 ans, et Émile Johnston s’est marié avec une tierce deux ans plus tard. Mathilde Marie etc., MMGE dirons-nous pour faire court, n’aura jamais senti de présence paternelle. On ne sait rien de la présence maternelle. ## De G. à Georges On retrouve MMGE Judicis de Peyrebrune quand elle signe son contrat de mariage. C’est en 1860. Elle a dix-huit ans. Son mari, Paul Adrien Eimery, en a vingt-huit. Il est avocat, on le surnomme Numa. Cette noce entre un avocat et MMGE, fille naturelle d’une fille de cordonnier, signifie sûrement pour l’enfant naturelle la sortie de la cambrousse, la montée dans la bourgeoisie de province. Elle signe son contrat, donc, d’un nom qui semble résumer cette fille abandonnée : G. _Johnston_ de Peyrebrune. G comme Georgina. G comme Georges Johnston. On ne va pas se mentir, le mariage de MMGE est sûrement un désastre. Seize ans plus tard on la retrouve à Paris, loin de la Dordogne, loin de son mari. Elle vit seule pendant que l’époux se morfond bien loin d’elle, et certaines sources disent qu’il est malade. Ce qui s’est passé, on ne le saura pas. En tout cas, trente-trois ans plus tard, elle décrira implacablement dans un de ses romans un lendemain de nuit de noces. S’y regardent en chiens de faïence trois personnages : Jules le mari, pas méchant mais égrillard et tordu, Sylvère la femme, élevée dans la pudibonderie, et la grand-mère de Sylvère, qui l’a poussée au mariage sans jamais lui parler de sexualité. S’ils ne se disent rien de vive voix, leur trilogue mental est éloquent. > Lui pense : > — C’est dommage, elle est gentille cette petite Sylvère, mais un glaçon !… À peine formée, une gorge d’enfant, et une innocence ridicule ! C’est pas une femme ça ! […] > L’aïeule pense : > — Pourquoi l’ai-je entendue, toute la nuit, réciter son chapelet à haute voix ? Oh ! ces _Ave Maria_ ce qu’ils m’ont brûlé goutte à goutte le cœur !… […] > Sylvère pense : > — […] Et j’ai crié au secours et personne n’est venu !… Oh ! grand’mère !… Et j’ai voulu m’enfuir et il m’a dit : Sylvère, Dieu vous ordonne de rester et de m’obéir… Je me suis rappelé les saintes qu’on livrait dans l’arène aux bêtes fauves, et j’ai récité mon chapelet en attendant la mort… Pourquoi ne suis-je pas morte ?… > > Georges de Peyrebrune, _Le Roman d’un bas-bleu_ , 1892 Retournons en 1876. MMGE Judicis de Peyrebrune est à Paris, et elle vit de la seule chose qui lui semble accessible : l’écriture. Elle publie et écrit des romans. MMGE ne s’appelle plus MMGE, d’ailleurs. Au regard de la loi, son nom est Mme Numa Paul Adrien Eimery. Ce qui doit lui courir sur les nerfs, si je peux me permettre. Du coup, elle signe sous plusieurs pseudonymes. Parfois elle signe Judicis de la Mirandole. Mais ses romans, elle les publie sous le nom de **Georges de Peyrebrune**. Georges, comme Johnston, le père ou grand-père absent ; et Peyrebrune, le nom du village maternel, du bled de Dordogne où son grand-père fabriquait des chaussures. Son nom de plume, son nom de choix. Du coup je me permets de trouver légèrement agaçant que certaines bases documentaires listent ses livres sous le nom de Mme Numa-Paul, quand bien même il est écrit en gros « Georges de Peyrebrune » sur la page de titre. ## Dangereuse pour la jeunesse Dans les années qui suivent, Georges de Peyrebrune devient à la fois une figure de la scène littéraire de la IIIe République et une artiste crevant de faim dans sa mansarde. De 1876 à 1909, elle écrit non-stop. Elle publie beaucoup. Trente romans. Quasiment un par an, Amélie Nothomb-style. C’est qu’elle collabore à la très prestigieuse _Revue des Deux Mondes_ , dont les étudiant.e.s en lettres ont pu entendre le nom parce que, entre autres, la revue a publié tous les auteurs et autrices romantiques connues des années 1830 : Georges de Peyrebrune fréquente la revue où Victor Hugo et George Sand prépubliaient leurs pièces. Elle publie dans _La Vie populaire_ , le journal où Guy de Maupassant a donné _La Parure_ et Émile Zola _La Bête humaine._ Elle utilise d’autres pseudonymes dans divers journaux. Elle mentore d’autres artistes, notamment des écrivaines, et correspond avec Octave Mirbeau, çui-là qu’a fait un roman adapté au ciné par Renoir et joué par Jeanne Moreau. Elle reçoit des prix, dont le prix Montyon de l’Académie française décerné aux œuvres morales (une récompense dont aimait beaucoup se moquer Honoré de Balzac quelques décennies plus tôt). D’ailleurs, quand des écrivaines du journal _La Vie heureuse_ (auquel elle collabore aussi) en ont marre que le prix Goncourt ne récompense que des hommes, et créent un prix _La Vie heureuse_ qui se permettra de célébrer de temps à autre des femmes, Georges de Peyrebrune fait partie des créatrices, et du premier jury. Le prix s’appelle aujourd’hui prix Femina. L’an dernier il a récompensé _Triste Tigre_ de Neige Sinno. Elle vend, en plus. Elle a du succès ! Assez pour que l’Église catholique s’en émeuve, et qu’un abbé du nom de Louis Bethléem, je suis sûre que c’est un pseudo, cite ses livres comme des « romans mondains » à ne surtout pas laisser lire aux femmes et aux enfants, sinon Satan, et d’ailleurs « ce qui arrivera devant le trône de Dieu avec le plus lourd cortège de malédictions, ce sont les romans ». Le genre de jugements qui rend la lecture de _Madame Bovary_ vachement plus excitante. > Mme **Georges de Peyrebrune** , nom de jeune fille de Mme **Numa Eimery** (1847-1917). Romancière qui, comme beaucoup d’autres déjà citées, est persuadée que l’amour peut être la seule préoccupation de la femme dans la vie. […] _La Marcotte ; Victoire la Rouge ; Les femmes qui tombent_ vont jusqu’au libertinage. > > L’abbé Louis Bethléem, _Romans à lire et romans à proscrire_ , 1904 ## Plongée dans l’oubli Avec tout ça, Georges de Peyrebrune galère _quand même_ à vivre de sa plume. Pas qu’elle n’ait pas tenté de s’en sortir. Elle demande à ses amis, à l’autrice Rachilde, à son poteau Mirbeau de bien vouloir sivouplaît lui faire de bonnes critiques. Comme elle apprécie pas mal Zola, et qu’elle a écrit dans ses articles que Zola était le top du top the very best, elle lui envoie une lettre pour lui demander des sousous de la Société des gens de lettres, que Zola préside. (Zola dit niet. Peyrebrune s’en vengera en caricaturant Zola en « Jupiter » dans une pièce satirique où défilent les autrices de son temps.) Georges de Peyrebrune doit certainement craquer moralement ou physiquement, car à partir de 1909, trois ans après avoir foutu un coup d’ombrelle à un potentiel assassin de Dreyfus, elle ne publie plus. En 1917, alors que la Première Guerre mondiale bat son plein et que des millions de soldats se font broyer sur le front, on apprend le décès de Georges de Peyrebrune, dans l’obscurité et la pauvreté. Ses cendres sont transférées, pas au Panthéon (ben voyons) mais au colombarium du Père-Lachaise, où le graveur écrit son prénom _George_ , sans _s_ , pas comme Georges Johnston, mais comme George Sand. Elle quitte donc ce monde avec une faute d’orthographe sur sa tombe. Un caveau plus obscur l’attend : l’oubli. L’anonymat, qui guette toujours les écrivaines après leur mort. Bien sûr, on publie de Peyrebrune un roman posthume en 1920. On réédite même en 1921 son principal succès, _Victoire la Rouge_ , qu’on qualifie de « roman populaire » (parce que l’héroïne est du peuple, je suppose). Et puis : rien. Quatre-vingts ans de pur oubli. Georges de Peyrebrune, figure de la scène littéraire de la Belle Époque, autrice de plus de trente romans, couronnée de trois prix littéraires, jurée et co-créatrice d’un quatrième, Georges de Peyrebrune disparaît dans l’oubli. Au catalogue de la BnF, pas une seule édition d’un livre de Georges de Peyrebrune entre 1921, 4 ans après sa mort, et… 2009. ## Remise en lumière d’une féministe paradoxale Sur ce, arrivent les années 2000 et 2010, et la meilleure chose que l’Internet ait créée, Gallica, apparaît. Quand la BNF met en ligne une partie de son fonds, on redécouvre des auteurs mais aussi des autrices jusqu’ici reléguées en marge des histoires littéraires. Georges de Peyrebrune est exhumée et par la magie d’Internet, et par le travail infatigable de quelques spécialistes (Jean Paul Soccard, Lydia Haro de Hernandez, Nelly Sanchez), et par l’engagement de maisons d’édition féministes, comme les éditions Talents Hauts. En 2023, je lis _Victoire la Rouge_ , aisément le roman le plus célèbre de Georges de Peyrebrune. Il décrit la vie laborieuse et tragique d’une fille de ferme en Dordogne, violée trois fois, enceinte trois fois, travailleuse, candide et dure au mal. Et purée de palsambleu c’est l’un des meilleurs livres que j’aie jamais lus : naturaliste, social, touchant, lyrique, pathétique, merveilleusement écrit. Et féministe. #MeToo à la campagne au dix-neuvième. Ne nous y trompons pas : Georges de Peyrebrune, c’est pas Mona Chollet. Oui, elle écrit dans des journaux et revues féministes. Oui, elle se proclame féministe, contrairement à ce que fera sa contemporaine et amie la « décadente » Rachilde. Mais son féminisme est, comme dit Jean-Paul Socard, l’un des rares chercheurs qui l’étudient, « indéniable et contradictoire ». À la lire, Georges de Peyrebrune paraît attachée à l’idéal conservateur de la femme comme bonne épouse, bonne mère, élevée dans la piété et pratiquant un catholicisme bon teint : une morale qui n’effarouche pas la ménagère catho de 1880. Il y a dans ses pages une espèce de fascination pour la Vierge Marie, la religion dans ses ors et ses encens, les robes blanches des novices du couvent et des premières communiantes. On trouve aussi dans _Le Roman d’un bas-bleu_ une page terrible où l’héroïne (dont le nom, l’activité d’autrice, la situation maritale évoquent beaucoup l’autrice) critique la liberté des femmes, pour elle un miroir aux alouettes. > — Ma foi ! répliqua Sylvère, je préférerais [l’enfermement de la femme] à la liberté dangereuse qui lui est laissée. Elle en jouit moins que l’homme qui la lui a donnée. > > Georges de Peyrebrune, _Le Roman d’un bas-bleu_ _Et pourtant._ Et pourtant, les héroïnes de Peyrebrune ont beau fuir le sexe et singer la pureté des madones, elles sont victimes de la libido déchaînée des hommes. Contraintes de désobéir à une morale que pourtant elles approuvent (parfois jusqu’à haïr l’idée même du sexe !), elles doivent accepter ou subir le désir masculin. Et c’est alors que la société les juge. Qu’on décrète que ces femmes sont « tombées », qu’on chasse de leurs cercles sociaux les bourgeoises, qu’on met à la porte les femmes du peuple, qu’on exclut les artistes, qu’on les désespère jusqu’au suicide. Dès 1880, Peyrebrune fait le constat amer que non seulement la société pullule d’hommes violents, mais aussi qu’elle protège les prédateurs et blâme leurs victimes. > […] le plus sûr refuge de la femme, tentée par ses instincts ou ses besoins, contre la dépravation à laquelle les désirs de l’homme la condamnent, c’est la mort. > > Georges de Peyrebrune, préface du roman _Les_ _Femmes qui tombent_ , 1882 Vous le lisez comme moi : Peyrebrune est peut-être moins féministe qu’on l’aimerait aujourd’hui, mais alors elle est misandre à en faire pâlir Pauline Harmange. Elle crie à la face des hommes la douleur de femmes blessées dans leur âme et dans leur corps. > … les hommes, ces chiens enragés de lubricité. J’ai été mordue, j’ai la rage, je mords… > > _Les Femmes qui tombent_ , 1882 > L’homme semble ne vivre, travailler même, que pour un but : non l’amour de la femme, mais sa souillure. > > _Le Roman d’un bas-bleu_ , 1892 Messieurs qui lisez, pour une fois, c’est vous qui en prenez pour votre grade. J’en suis marrie pour vous ; je le serais plus si je n’avais pas lu tant de répliques qui tuent sur les femmes chez Victor Hugo, Balzac, Barbey d’Aurevilly, les notes débiles du traducteur de Virgile André Bellesort, etc. etc. Mais du coup, Peyrebrune, féministe ou pas féministe ? Les héroïnes de Peyrebrune sont des personnages qui croient, d’abord, à la vertu de la morale et de la religion. Et puis la réalité les frappe de plein fouet. Et les désole. Et les révolte. En sourdine on sent pointer une morale moins absurde, plus en rapport avec la nature : un ordre du monde où les violeurs seraient punis et les victimes consolées, où le mariage serait un choix et non un carcan, où l’amour ne serait pas uniquement affaire de possession, où on respecterait les femmes et les mères parce qu’elles sont femmes et mères. Et je passe sur sa révolte sourde contre les inégalités, son éthique du travail patient et épanouissant (aussi bien au bureau de la romancière qu’aux champs avec la paysanne), sa satire mordante des riches et des notables qui ne trouvent de plaisir que dans l’étalage de leur supériorité sociale. Les réacs d’aujourd’hui croient que le féminisme naît de l’idéologie ; mais Georges de Peyrebrune a grandi dans une idéologie, la religion catholique et la morale conservatrice ; puis elle a vu la réalité en face, et la réalité l’a rendue féministe. Du coup, c’est un peu lassant quand on voit des éditeurs (pourtant dans une maison de grande qualité) ménommer Georges de Peyrebrune, plaquant sur la couverture de la réédition de leur livre son troisième prénom de Georgina. Comme s’il fallait que Peyrebrune, cette femme si furieuse contre les hommes, ait à prouver qu’elle n’était pas un homme. Après cela, allons tous et toutes lire Georgina Sand et Georgina Eliot. ### Partager : * Cliquer pour partager sur Mastodon(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Mastodon * J’aime chargement… ### _Similaire_
autriceavendre.wordpress.com
November 26, 2025 at 12:09 PM
Promis, demain soir vous avez la suite des aventures thébaines. Ce sera un peu du recyclage et je vous prie de m'en excuser...
November 25, 2025 at 7:46 PM
#pasvendredilecture Je suis dans Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee. La traduction est par moments un peu bancale (apparemment une vieille trad révisée lors d'une republication). Qui m'a vendu ça comme un manifeste antiraciste ? Ca l'était peut-être à l'époque de la publication […]
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November 23, 2025 at 1:17 PM
Y a des gens qui ont étudié la présence de "leitmotiv(e)" chez Zola ? En gros un mot, ou une expression, qui revient régulièrement dans un même roman, et qui sert en quelque sorte à le caractériser ?
Je disais ça parce qu'en lisant Pot-Bouille je tombe super souvent sur le mot "débandade" (au […]
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November 19, 2025 at 10:59 AM
Rechercher un logement :

> 4 agences immobilières et 4 proprios contacté.e.s
> 1 (UNE) réponse pour te dire que le bien concerné ne prend plus de dossier

Fuck them. Fuck them all.
November 18, 2025 at 7:00 PM
Rhoo le dernier album de Careerist il est trop bien
November 14, 2025 at 5:14 PM
Joie musicales du soir :
> demain l'un de mes groupes préférés pas connus, Careerist, va sortir son album
> je vois sur d'autres réseaux qu'un autre de mes artistes préférés, Neil Brogan, est en train d'enregistrer un opus
> un dernier groupe, Documenta, que je croyais mort et enterré va faire […]
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November 13, 2025 at 7:26 PM
Mais c'est demain que sort Grain de Sable version reformatée !!!
Car oui, vous chers et chères lecteurices* avez épuisé les tirages précédents.

Comme j'en ai pas changé une virgule c'est ma sortie la plus détente du moment.

Voilà, réclamez-le à votre libraire, sauf si vous vivez à deux jours […]
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November 12, 2025 at 6:40 PM
Hello kikou les gens,
En lisant un bouquin du XIXe, je tombe sur la mention d'une "barbe taillée à la Henri IV".

Y a des vrai.e.s historiens et historiennes ici pour m'expliquer ce dont il s'agit ?
November 11, 2025 at 4:53 PM
Dans cinq jours mon roman de fantasy Grain de sable REparaît en librairie avec un nouveau format, yay
November 7, 2025 at 7:48 PM
November 6, 2025 at 7:52 PM
#pasvendredilecture Je lis Magnus de Sylvie Germain en alternance avec Lavinia d'Ursula Le Guin et oh sérieux la claque
November 5, 2025 at 8:50 PM
Tout plaquer et transcrire de la poésie d'illustres inconnues du XVIIe siècle.

(Sérieusement, je suis en train de lire sur Wikisource des vers de Mlle Certain. C'est une meuf dont on sait : RIEN. Elle a offert des sonnets au roi Louis XIV et raconte que le roi les a trouvés cools. C'est pas […]
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November 3, 2025 at 7:46 PM
Frisson ce matin dans le métro devant une affiche pour des stylos clairement faite sous IA beurk beurk beurk

(un personnage à grands yeux en vrai-faux style Pixar dégueu censé être mignon)

Jamais j'achète un stylo de cette marque désormais.
November 2, 2025 at 9:43 PM
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Ce soir, je l'ai promis, on continue à suivre les mésaventures des reines, rois, princes et princesses de Thèbes dans la mythologie grecque !
Maintenant que le fondateur Cadmos, ses trois filles, son fils et ses turbulents petits-fils ont passé l'arme à gauche […]

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November 1, 2025 at 9:03 PM
Ce soir, je l'ai promis, on continue à suivre les mésaventures des reines, rois, princes et princesses de Thèbes dans la mythologie grecque !
Maintenant que le fondateur Cadmos, ses trois filles, son fils et ses turbulents petits-fils ont passé l'arme à gauche […]

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November 1, 2025 at 9:03 PM
Ce soir, normalement, la suite des aventures thébaines, avec un thread où on essaiera de limiter le recyclage mais ça sera pas facile
November 1, 2025 at 12:46 PM
Dans la vitre noire
De gros bureaux parisiens
Un reflet de lune
October 31, 2025 at 5:02 PM