Afrique du Sud: quand la jeunesse dialogue avec ceux qui ont libéré le pays du joug de l'apartheid
En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a appelé au dialogue national à travers une initiative lancée au mois d'août dernier : partout dans le pays, les Sud-Africains sont invités à échanger pendant un peu moins d’un an dans des écoles ou des lieux de culte. Objectif : ouvrir un nouveau chapitre de la démocratie sud-africaine, plus de trente ans après la fin de l'apartheid, à un moment où la nation arc-en-ciel est confrontée aux inégalités, au chômage et à la criminalité. Pour illustrer ce dialogue national, notre correspondant Valentin Hugues a participé à deux jours d’échange intergénérationnel à Soweto.
De notre correspondant à Johannesburg,
Le lieu de ces deux jours d’échange n’a pas été choisi au hasard. Nous sommes à Soweto, township au coeur de la lutte anti-apartheid. C’est ici que la jeunesse s’est soulevée en 1976 et que le régime de l'époque l'a réprimée dans le sang. Près de 50 ans plus tard, la jeune génération née après la fin de l’apartheid - que l’on appelle « Born Free » -, comme Thusoetsile Lobateng, discute avec celles et ceux qui ont libéré le pays.
« Ils se sont battus pour la liberté, on est d’accord. Mais ensuite, il y a eu un manque de transmission, ils ont oublié de nous dire que ça ne s'arrêtait pas là et que c'était à notre génération d'enraciner cette liberté », tient à souligner Thusoetsile Lobateng.
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« Repenser complètement la manière dont nous faisons société »
L’objectif est donc de réparer le pont entre ces deux générations et de se parler franchement. « Je pense que la plus grande erreur a été de croire naïvement que tous les Sud-Africains étaient naturellement prêts à construire ensemble leur pays. Il y a beaucoup de choses que nous avons trop rapidement considérées comme acquises : que tout le monde voudrait une société juste et équitable par exemple, et que ceux qui avaient été mis de côté par l'apartheid - en grande partie les personnes noires et les femmes - seraient au centre de la transformation du pays », met en évidence Thoko Mpumlwana, une figure de la lutte anti-apartheid.
Ce jour-là, Thoko Mpumlwana partage la scène avec Sizwe Mpofu-Walsh, une figure de la jeunesse, leader des manifestations contre les frais d'université, aujourd’hui très suivi sur les réseaux sociaux.
« Nous devons repenser complètement la manière dont nous faisons société. En ce moment, on parle d'un dialogue national, mais en réalité, c'est au Parlement que cela devrait se passer. Cette institution est tellement défaillante qu’elle ne permet pas d'exprimer les véritables conversations que les gens veulent avoir. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres », relève Sizwe Mpofu-Walsh.
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Ouverture d'un nouveau chapitre de la démocratie
L’un des organisateurs de cet échange à Soweto, Boutchoko Dithlake, fait aussi partie du comité d’organisation du dialogue national lancé en août dernier par Cyril Ramaphosa.
« Aujourd’hui, c'est une contribution à ce dialogue national. Cette interaction avec les jeunes est fondamentale pour l'orientation que prend le pays. Parce que nous avons accompli certaines choses, mais nous avons aussi mis le pays dans une situation difficile. La pauvreté augmente, le chômage augmente. Tout cela affecte les jeunes, alors je pense que le moment est venu de leur passer le relais », appuie Boutchoko Dithlake.
Pendant cette période de dialogue national, tous les Sud-Africains sont invités à échanger comme ici à Soweto, pour ouvrir un nouveau chapitre de la démocratie.